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Nous allons maintenant aborder un roman majeur de la littérature française : l’Etranger, écrit par Albert Camus. Camus est né en Algérie française, à Mondovi, en 1913, bien qu’il soit considéré comme étant un écrivain français. Son roman le plus connu, L’Etranger, est publié en 1942. Dans ce roman, il explique être indifférent à tout ce qu’il se passe autour de lui, y compris à la mort de sa mère. C’est d’ailleurs ce qui fait la force de ce roman, dont voici l’incipit :

« Aujourd’hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas. J’ai reçu un télégramme de l’asile : « Mère décédée. Enterrement demain. Sentiments distingués. » Cela ne veut rien dire. C’était peut-être hier.
L’asile de vieillards est à Marengo, à quatre-vingts kilomètres d’Alger. Je prendrai l’autobus à deux heures et j’arriverai dans l’après-midi. Ainsi, je pourrai veiller et je rentrerai demain soir. J’ai demandé deux jours de congé à mon patron et il ne pouvait pas me les refuser avec une excuse pareille. Mais il n’avait pas l’air content. Je lui ai même dit : « Ce n’est pas de ma faute. » Il n’a pas répondu. J’ai pensé alors que je n’aurais pas dû lui dire cela. En somme, je n’avais pas à m’excuser. C’était plutôt à lui de me présenter ses condoléances. Mais il le fera sans doute après-demain, quand il me verra en deuil. Pour le moment, c’est un peu comme si maman n’était pas morte. Après l’enterrement, au contraire, ce sera une affaire classée et tout aura revêtu une allure plus officielle.
J’ai pris l’autobus à deux heures. Il faisait très chaud. J’ai mangé au restaurant, chez Céleste, comme d’habitude. Ils avaient tous beaucoup de peine pour moi et Céleste m’a dit : « On n’a qu’une mère. » Quand je suis parti, ils m’ont accompagné à la porte. J’étais un peu étourdi parce qu’il a fallu que je monte chez Emmanuel pour lui emprunter une cravate noire et un brassard. Il a perdu son oncle, il y a quelques mois.
J’ai couru pour ne pas manquer le départ. Cette hâte, cette course, c’est à cause de tout cela sans doute, ajouté aux cahots, à l’odeur d’essence, à la réverbération de la route et du ciel, que je me suis assoupi. J’ai dormi pendant presque tout le trajet. Et quand je me suis réveillé, j’étais tassé contre un militaire qui m’a souri et qui m’a demandé si je venais de loin. J’ai dit « oui » pour n’avoir plus à parler. »

Camus donne le ton d’entrée de jeu : nonchalance et indifférence seront en effet au rendez-vous tout au long du roman. Meursault, le personnage principal, donne l’impression de voler au-dessus de tout et d’être supérieur à tout le monde, ce qui le rend parfois agaçant. Le titre du roman est d’ailleurs son principal trait de caractère, car il est étranger à la fois à ce qui l’entoure et à lui-même. Il donne l’impression d’être un roman hors du temps et du roman, et de se détacher complètement de la vie réelle. Il est pris dans une sorte de frénésie qui l’empêche de s’arrêter et de penser au monde autour de lui. Les phrases du début préfigurent un roman qui l’est tout autant. La mort est très présente, par celle de la mère de Meursault, la vie qu’il ôte à un des personnages mais aussi par la sienne, car sa vie se consume au fur et à mesure de l’histoire.